Trois mesures attendues pour la retraite des parents se précisent. Les projets de décret qui accompagnent la suspension de la réforme des retraites ont été transmis au conseil d'administration de la Cnav et détaillés par la presse spécialisée. Ils sont attendus au Journal officiel et viseraient les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026. Voici ce qui se prépare, et ce qui reste à confirmer.
Pourquoi ces décrets arrivent maintenant
La réforme de 2023 est suspendue. Pour traduire concrètement cette suspension et les mesures qui l'accompagnent, le gouvernement doit publier une série de décrets d'application. Plusieurs concernent directement les parents, et particulièrement les femmes, dont la carrière a souvent été ralentie par les maternités, les temps partiels ou les interruptions d'activité. L'objectif affiché est de mieux prendre en compte les enfants, à la fois pour partir plus tôt et pour calculer une pension plus juste.
Un point essentiel avant d'entrer dans le détail : tant que ces textes ne sont pas parus au Journal officiel, ils restent des projets. Rien n'est juridiquement acquis.
Premier changement : deux trimestres enfants pour la carrière longue
Jusqu'ici, les trimestres accordés au titre des enfants augmentaient la durée totale d'assurance, mais ils n'entraient pas dans les périodes dites « réputées cotisées », celles qui ouvrent le droit à un départ anticipé pour carrière longue.
Le projet de décret change cela. Jusqu'à deux trimestres supplémentaires pourraient être retenus pour l'accès au dispositif carrière longue. Les situations visées sont larges :
- la maternité ;
- l'éducation des enfants ;
- l'adoption ;
- le congé parental ;
- plusieurs bonifications propres à la fonction publique et aux régimes spéciaux.
Attention à une confusion fréquente : il s'agit d'un plafond de deux trimestres au total, quel que soit le nombre d'enfants, et non de deux trimestres par enfant. Des adaptations sont aussi prévues pour les régimes de la SNCF, de la RATP, de la Banque de France, des industries électriques et gazières, des professions libérales et des avocats. Selon les estimations du gouvernement, 6 000 à 12 000 assurés de plus pourraient ainsi bénéficier chaque année de la carrière longue.
Deuxième changement : la pension calculée sur 23 ou 24 ans
Aujourd'hui, la retraite de base se calcule sur les 25 meilleures années de revenus. Le futur décret prévoit un calcul plus favorable pour les parents :
- 24 meilleures années pour un parent ayant eu un enfant ;
- 23 meilleures années à partir de deux enfants.
En retirant du calcul une ou deux des années les moins rémunérées, souvent liées aux maternités et aux temps partiels, la moyenne remonte. Le gouvernement estime le gain à environ +1 % en moyenne sur la pension des femmes ayant eu des enfants, et avance qu'une retraitée sur deux serait gagnante dès la liquidation à compter de septembre 2026.
Le « +1 % en moyenne » est une estimation. Le gain réel dépend entièrement de votre carrière : il peut être plus élevé si vos années faibles sont nettement en dessous de votre moyenne, ou quasi nul si vos revenus ont été réguliers. Aucun chiffre individuel ne peut être promis sans étude du relevé.
Troisième changement : une bonification dans la fonction publique
Les projets prévoient enfin une nouvelle bonification dans certains régimes publics : un trimestre supplémentaire par enfant pour les femmes ayant accouché après leur recrutement, dans les régimes CNRACL (fonction publique territoriale et hospitalière) et FSPOEIE (ouvriers de l'État).
Qui gagne quoi, et quand
Sauf surprise, ces mesures s'appliqueraient aux pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026. Concrètement, certaines mères ayant commencé à travailler jeunes pourraient atteindre plus tôt la durée requise pour un départ anticipé, et beaucoup de parents verraient leur pension légèrement revalorisée. Mais tout dépend d'un préalable simple : que les trimestres enfants soient correctement reportés sur le relevé de carrière, ce qui est loin d'être systématique.
Le réflexe à avoir avant de liquider
Ces nouveautés ne produiront leurs effets que si votre relevé est complet et que votre date de départ est bien positionnée. Un trimestre enfant oublié, c'est un départ retardé ou une pension minorée. Vérifier l'ensemble avant de déposer sa demande, en raisonnant toujours au 1er du mois, reste le meilleur moyen de sécuriser ses droits.