Trois changements sont entrés dans le concret ces dernières semaines pour les travailleurs indépendants : une aide à la création divisée par deux, une nouvelle façon de calculer toutes les cotisations, et des taux de retraite complémentaire modifiés pour les professions libérales. Derrière la tuyauterie administrative, c'est votre future pension qui se joue. Voici ce qui change, sources officielles à l'appui.

ACRE : 25 % d'exonération au lieu de 50 % pour les créations depuis le 1er juillet 2026

L'ACRE (aide à la création ou à la reprise d'entreprise) exonère partiellement de cotisations sociales les créateurs d'entreprise pendant leurs premiers trimestres d'activité. Le décret n° 2026-69 du 6 février 2026, pris en application de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, réduit cette exonération pour les micro-entrepreneurs : elle passe de 50 % à 25 % des cotisations dues.

Trois points à retenir, confirmés par Service-Public et l'Urssaf :

Ce que l'ACRE fait (et ne fait pas) à votre retraite

Bonne nouvelle : l'exonération ACRE ne réduit pas, en elle-même, vos droits à la retraite de base. Vos trimestres restent validés en fonction du revenu tiré de votre chiffre d'affaires déclaré, pas des cotisations effectivement payées pendant la période exonérée.

Le vrai piège est ailleurs. En micro-entreprise, valider des trimestres suppose d'atteindre des seuils de chiffre d'affaires. Une première année de démarrage à faible activité peut ne valider aucun trimestre, ACRE ou pas. Beaucoup d'indépendants le découvrent des années plus tard, en lisant leur relevé de carrière.

Les seuils de validation dépendent de votre activité (vente, prestations de services, libéral) et sont réévalués chaque année. Aucun gain ni perte ne peut être chiffré ici de façon générale : seul l'examen de votre relevé de carrière et de vos déclarations permet de savoir où vous en êtes.

Assiette unique : vos cotisations retraite augmentent, votre CSG baisse

Deuxième changement, plus discret mais plus structurel. Depuis la campagne de déclaration des revenus 2025 (au printemps 2026), toutes les cotisations sociales et la CSG-CRDS des indépendants se calculent sur une assiette unique : le revenu brut, diminué d'un abattement forfaitaire de 26 %, comme l'explique l'Urssaf.

L'effet affiché par l'Urssaf : à prélèvement global constant, la part de CSG-CRDS diminue et la part de cotisations contributives augmente. Or les cotisations contributives sont celles qui créent des droits : trimestres de retraite de base, points de complémentaire, indemnités journalières. Autrement dit, à revenu identique, une part plus grande de ce que vous payez travaille pour votre future pension.

Pour les indépendants au réel (la micro-entreprise n'est pas concernée par une régularisation), la première régularisation calculée selon ces nouvelles règles arrive sur les échéanciers 2026, après la déclaration. C'est le moment de vérifier vos montants, surtout si votre départ en retraite approche.

Libéraux Cipav : une complémentaire cotisée à 11 % sur la part plafonnée

Pour les professions libérales réglementées relevant de la Cipav, les taux de la retraite complémentaire évoluent avec la même campagne 2026, comme le détaille l'Urssaf dans sa page sur la réforme des cotisations : le taux passe de 9 % à 11 % sur la part de revenu jusqu'à un plafond de la Sécurité sociale, et de 22 % à 21 % sur la tranche supérieure.

Pour beaucoup de libéraux, dont le revenu se situe sous ce plafond, cela signifie cotiser davantage, mais acquérir plus de points de retraite complémentaire. C'est un effort de trésorerie à court terme qui se transforme en droits, à condition que ces points soient correctement inscrits sur votre relevé.

Le réflexe qui protège : surveiller la dernière ligne droite

Ces trois changements racontent la même histoire : pour un indépendant, les droits à la retraite se construisent via des déclarations qui s'étalent sur des mois. Points de vigilance concrets :

En résumé

Depuis le 1er juillet 2026, l'ACRE des nouvelles micro-entreprises tombe à 25 % d'exonération (les créations antérieures gardent 50 %). L'assiette unique redistribue vos prélèvements vers les cotisations qui créent des droits, et les libéraux Cipav cotisent désormais 11 % sur la part plafonnée de leur complémentaire. Aucun de ces changements ne dispense du seul contrôle qui compte : vérifier, ligne par ligne, que vos trimestres et vos points sont bien là.