Quand un artisan ou un commerçant décède, son conjoint peut demander une pension de réversion, c'est à dire une partie de la retraite que le défunt percevait ou aurait pu percevoir. Mais la retraite d'un indépendant se joue sur deux étages : la retraite de base et la retraite complémentaire des indépendants (RCI). Chacun a ses propres règles, ses propres taux et, surtout, deux plafonds de ressources très différents. Ne demander qu'un seul étage, ou renoncer par méconnaissance des conditions, peut coûter cher au conjoint survivant.

Deux régimes, deux calculs

La retraite d'un travailleur indépendant est versée par deux régimes gérés par l'Assurance retraite : le régime de base (ancien SSI, aligné sur le régime général des salariés) et le régime complémentaire des indépendants (RCI). À son décès, la réversion se demande sur les deux, avec un taux propre à chacun.

Bonne nouvelle : une demande unique en ligne, depuis l'espace personnel du service public de la retraite, couvre tous les régimes auxquels le défunt a cotisé, base et complémentaire. Le conjoint n'a pas à multiplier les dossiers.

La réversion de base : 54 % sous condition de ressources

Sur la retraite de base, la réversion est égale à 54 % de la pension de base que le défunt percevait ou aurait pu percevoir.

Trois conditions doivent être réunies :

Un abattement de 30 % s'applique sur les revenus d'activité du survivant à partir de 55 ans, ce qui allège l'appréciation des ressources. Si le défunt justifiait d'au moins 60 trimestres, un montant minimum de 334,92 € par mois est garanti. Le remariage ne supprime pas le droit à la réversion de base, mais les ressources du nouveau ménage sont prises en compte.

La réversion complémentaire RCI : 60 % avec un plafond bien plus large

Sur la retraite complémentaire des indépendants, la réversion est égale à 60 % des points de l'assuré décédé, un taux plus favorable que celui de la base.

Les conditions générales sont proches (être marié, avoir au moins 55 ans), mais le plafond de ressources est distinct et beaucoup plus élevé : 96 120 € par an en 2026, fixé chaque année par le Conseil de la protection sociale des travailleurs indépendants (CPSTI). Si le total des ressources du conjoint survivant et de la réversion RCI dépasse ce plafond, la réversion complémentaire est réduite à due concurrence.

Conséquence concrète : un conjoint dont les ressources dépassent 25 001,60 € peut perdre la réversion de base tout en conservant la réversion complémentaire RCI, puisque son plafond est bien plus haut. Il faut donc toujours déposer la demande sur les deux régimes, même si l'on pense être au dessus des plafonds.

À noter : le RCI ne prévoit pas de majoration pour enfants, contrairement à la retraite de base.

Les plafonds de ressources (25 001,60 € et 96 120 €) et le minimum de 334,92 € sont les valeurs 2026, revalorisées chaque année. Vérifiez la valeur en vigueur à la date de votre demande. Le taux de 54 % (base) et de 60 % (RCI) s'applique à la pension ou aux points du défunt, pas à un montant garanti : le résultat dépend entièrement de la carrière de l'assuré décédé.

Les points de vigilance pour les indépendants

La réversion n'est jamais automatique : sans demande déposée, aucune pension n'est versée, quel que soit le régime.

Avant de déposer le dossier, il est utile de reconstituer la carrière du défunt. Un indépendant a souvent relevé de plusieurs statuts au fil de sa vie (salarié, artisan, commerçant, parfois profession libérale), donc de plusieurs régimes de réversion. Vérifier son relevé de carrière permet de n'oublier aucun droit, notamment les points de complémentaire RCI qui pèsent lourd dans le calcul.

Enfin, attention à la dernière année d'activité de l'indépendant et à la régularisation de ses cotisations : une régularisation mal enregistrée peut minorer les droits transmis. C'est un contrôle à faire tôt, car une anomalie se corrige bien plus facilement l'année même que des années plus tard.

En résumé

Au décès d'un indépendant, le conjoint marié d'au moins 55 ans peut cumuler 54 % de la retraite de base (plafond de ressources 25 001,60 €/an en 2026) et 60 % des points de complémentaire RCI (plafond distinct de 96 120 €/an). Une seule demande en ligne suffit, mais elle est indispensable : rien ne se déclenche sans elle. Vérifier le relevé de carrière du défunt et les régularisations de cotisations, c'est s'assurer que le conjoint touche l'intégralité de ses droits.